Elections : un, deux, trois, rideau !
Depuis que je suis en âge de voter, je me suis toujours amusée de ces petites cabines à rideaux qu’on appelle isoloirs. Le terme n’est vraiment pas chouette. Entre isolement et urinoir, l’image mentale laisse vraiment à désirer ! Que va-t-on trouver derrière ce rideau, dans l’exiguïté de ce petit mètre carré dédié à la citoyenneté ?
Cet endroit m’a toujours fait penser aux cabines d’essayage des magasins bas de gamme. Vous savez, celles dont le rideau ne ferme jamais complètement. Et c’est l’œil fixé sur l’ouverture entre le tissu et la cloison qu’on se déshabille, fébrile, dans la crainte d’un regard voyeur et vicieux !
Mais où sont les petits fours ?
J’aurais aimé aller voter dans un salon privé, accueillie par de charmants hôtes qui m’auraient fait un rappel, concis mais précis, du programme de chaque candidat et m’auraient proposé café, thé, champagne et mignardises, au son d’une musique électro chill.
Détendez-vous, soyez fière, votre vote est un acte de courage, un acte démocratique. Sans vous, aucun de ces candidats n’existeraient réellement en politique. Au lieu de ça, c’est dans l’ambiance froide et impersonnelle d’une salle municipale que me voilà coincée derrière le rideau verdâtre de ce cagibi. Je suis face à une tablette sans âme et à mes pieds se trouve une poubelle !
Votre bulletin de vote a des choses à vous dire
A cet instant précis, je me dis que, finalement, la transparence, elle est peut-être là, dans cette poubelle. Il est vrai qu’on a parfois un plaisir inavoué à mettre à la corbeille les bulletins des candidats les plus détestables. Aucun institut de sondage ne s’est encore attaqué au contenu des poubelles de nos isoloirs, mais je suis prête à parier ma carte d’électrice qu’on y trouverait des informations inédites sur l’état d’esprit des votants !
A voté !
Bon voilà, c’est fait ! J’ai glissé mon petit papier dans l’enveloppe bleue et suis allée la déposer dans l’urne, en respectant une procédure des plus solennelles. Par un réel souci de transparence, l’urne est en plexiglas et je regarde, perplexe, toutes ces petites enveloppes anonymes qui vont sceller le sort de notre belle nation.
Tel le lapin s’échappant du chapeau du magicien, elles sortiront de l’urne ce soir. Puis, après une brève lecture de leur contenu, enveloppes et bulletins achèveront leur courte vie, ensemble, dans les poubelles de la République ! Reste à savoir si les bulletins de vote se recyclent aussi bien que les candidats déchus ?